Il est 9h00 du matin, je suis encore dans mon lit, lorsque mon téléphone cellulaire se met à sonner. J’hésite entre décrocher et laisser sonner, puisqu’à ce moment précis de la journée, j’ai le moins envie de parler. L’afficheur a été brisé, je ne peux même pas visualiser d’où provient l’appel, mais ça c’est une autre histoire. Bon, je décroche, c’est la période la plus critique de l’année, celle de la recherche de stages. Je ne peux me permettre de le passer n’importe où, n’est ce pas que je suis à ma dernière année d’études, avant de devenir LAURÉATE DU MEILLEUR INSTITUT OÙ L’ON FORME L’ÉLITE DES CADRES SUPÉRIEURS DE GESTION AU MAROC ? En tous cas la moyenne que m’a coûté l’entrée à cet institut et le message d’ouverture de son directeur, qui s’adresse toujours à nous comme étant l’élite de l’élite, ou la crème de la crème, ne me laisse pas en dire autrement.

Revenons à nos moutons ! J’ai tout intérêt à ne rater aucun appel, si je veux augmenter mes chances de trouver un bon stage. Ca y’est, je décroche.

Je ne m’étais pas trompée, puisque, effectivement, de l’autre bout du fil, j’entends une voix plutôt sérieuse et non familière :

-         Bonjour

-         Bonjour

-         Mademoiselle X.Y ?

-         Elle-même

-         C’est Madame Z.T, je vous appelle du siège central de la « J vi pa d toi ispice di voili », au sujet de votre demande de stage, c’est pour vous dire que vous avez été retenue pour un stage de deux mois au sein du département marketing…

-         Wow quelle bonne nouvelle ! j’en suis réellement ravie. Quand puis-je vous rencontrer ?

-         Eh bien, on pourra se voir en début de semaine. Disons ce lundi matin à 10h00, le numéro de mon bureau est le ….

-         Entendu madame, je serai au rendez-vous. Bonne journée !

-         Merci, au revoir !

En raccrochant, j’étais aux anges : primo, car en déposant mes CV partout, je n’y croyais pas trop, n’est ce pas que tout marche avec le piston ? Secundo, ce n’était pas n’importe quelle firme qui me sollicitait, mais bien une partie de l’XYZ. Bref j’ai tout pour être heureuse !

Le jour J, je me rends à l’entrevue, habillée d’une tenue parmi mes préférées. C’était un jour de pluie et de froid.

Je n’ai pas de difficulté à trouver le bureau. Une dame sympathique me fait entrer à la pièce où je discuterai avec ma future superviseure de stage du projet ainsi que de quelques formalités telle que la rémunération (une chance de surcroît car, n’ayant aucun piston, je ne demandais qu’à à avoir un stage, être rémunérée relevait plutôt du luxe, pour ne pas dire de la fiction, à mes yeux).

La dame arrive, elle a l’air plutôt jeune et dynamique. On s’entendrait bien à priori !

On discute, la discussion ne dévie à aucun moment du cadre du projet, jusqu’à la fin où elle me demande gentiment :

-         Est-ce que vous êtes couverte (désignant mes cheveux ou plutôt mon foulard) à cause du froid ?

-         Euh, non, je suis voilée (Aie le mot qui fait mal) ! Pourquoi, j’espère que vous n’avez rien contre ça…

-         Euh, non, je n’ai rien contre, du moment que vous ne me l’imposez pas à moi, c’est juste que…

-         Mais voyons, que je vous l’impose ! dans ma propre famille chacun exerce librement ses propres convictions sans qu’aucun n’entrave la liberté de l’autre, alors pourquoi ferai-je ça à quelqu’un qui n’est même pas de mon cercle intime !

-         Je disais, que c’est juste que mon supérieur n’aimerait pas avoir une voilée dans le département !

À me rappeler de cet instant, j’ai du mal à croire que j’étais restée de marbre devant sa remarque, que je n’ai rien fait pour contester ses dires ! C’était de la discrimination pure et simple, mais, c’était la première fois que je vivais l’expérience, je ne savais que répondre !

Je suis sortie aussi bien surprise que dégoûtée de ce type de comportement !

Je ne savais plus à qui en vouloir, est-ce à ces recruteurs bornés pour qui, les femmes musulmanes qui choisissent de porter le foulard sont des personnes qui ne sont pas à part entière, ou alors à ces leaders d’opinions hypocrites qui font semblant de vouloir faire progresser la femme, en lui mettant les bâtons dans les roues dans le premier aspect qui implique son progrès : le droit au travail et à l’égalité de traitement!

Quel esprit d’hypocrisie ! On fait semblant de vouloir voir la situation de la femme avancer, on l’encourage à faire de bonnes études, une fois elle devient consciente de son rôle dans la société, de l’importance de son indépendance, on détruit tout en lui faisant comprendre, qu’à cause d’un bout de tissu sur la tête, elle ne peut que rester à la maison, même si elle a accumulé tous les prix Nobel qu’elle veut !

Personnellement j’en ai marre de ce discours à double face de lutte contre l’obscurantisme, dont les premiers adeptes sont des personnes qui, au nom du modernisme, détruisent la femme en lui retirant le droit d’exercer un travail à la hauteur de ses études, et l’invitent à la seule option de rester à la maison, car elle n’est bonne que pour ça, et ça ce n’est pas le Coran qui le dit, mais nos chers « illuminés » qui veulent libérer la femme !