Voici un récit imaginé sur la mésaventure d'un étudiant marocain au pays des merveilles. L'histoire est dédiée à tous mes amis tiers-mondistes qui vivent des difficultés psychologiques et matérielles dans un pays qui n'est pas le leur :-)

Il est 6h00 du matin mais je suis déjà éveillé, je n’ai même pas dormi cette nuit, la formation de mon rêve, celle que je commence aujourd’hui a été au centre de mes pensées toute la nuit, je suis plutôt aux anges à l’idée que mes années de labeur ont enfin donné leur fruit. Je sors de mon lit. Tous les ingrédients dont a besoin un futur ingénieur sont au rendez-vous : passion pour le travail, esprit de compétition, sans omettre l’élément principal : la motivation.

Je me rends à l’établissement prestigieux, rencontre mes camarades et superviseurs. Décidément mes efforts n’étaient pas vains.

La première journée se passe à merveille, le temps défile et je suis toujours aussi enthousiaste et actif, jusqu’au moment où apparaissent certaines difficultés financières dans ma vie, des difficultés dont je ne peux faire part à mes superviseurs, malheureusement. Mes superviseurs ont passé toute leur vie dans un pays développé où on prend pour acquis le bien être matériel de l’individu. Je n’ai pas eu cette chance, puisque je proviens d’une famille plutôt modeste, et d’un pays qui a encore du chemin à faire en matière de développement, et, pour couronner le tout, je n’ai pas eu droit à la bourse d’aide financière. Je décide de ne pas me laisser détruire par cet espoir brisé, ce genre de situations demande l’affrontement, non la lamentation.

Mon budget commence à se serrer, et, peu à peu, le besoin de me trouver un travail à temps partiel devient urgent. Je fais de mon mieux pour que ça n’influence pas mes études, je m’organise de manière à bien gérer mon temps : désormais, mes matinées sont consacrées aux cours, mes après-midi à la révision et mes soirées pour gagner des sous.

Le rythme devient de plus en plus fatigant, mais je ne peux sacrifier aucune activité : les sous gagnés servent à mon présent, la formation, à mon avenir. J’arrive de plus en  plus difficilement à tenir le coup. Par ailleurs, comme je suis plutôt positiviste, je tente de ne pas laisser l’échec de l’année passée influencer mon avenir. Céder place au pessimisme quand on a encore la vie devant soit est synonyme de s’enterrer vivant ! La période d’évaluation s’approche, j’intensifie mes efforts, joindre études et travail devient de moins en moins évident. J’ai de plus en plus besoin de sous, non pas pour me divertir, comme la plupart de mes camarades, ceci relève plutôt du luxe ! Dans ma situation, survivre tout en poursuivant mes études devient mon objectif unique, et puis, après tout, je combat pour la bonne cause !

J’ai beau me répéter ces slogans, me persuader que je dois persister, cependant, à un certain moment, je suis devenu incapable de gérer mon rythme de vie, même durant mes heures à l'école, j’ai du mal à me concentrer, éparpillé entre mes problèmes de survie et mon envie de combattre jusqu’au bout. Entre le besoin d’argent de plus en plus frappant et ma situation psychologique conséquente, je me désengage peu à peu de mes études. Mon absentéisme commence à prendre de l’ampleur. Cependant, j’essaie de me ressaisir, en pensant à ma famille qui attend bien plus de moi, à mes parents qui ont sacrifié le peu qu’ils avaient pour me voir heureux et les études que m’a coûtées l’accès à cette formation. Je décide de la reprendre. Hélas, une bien mauvaise surprise m’y attend : L’activité d'examen organisée au moment où je rentre est celle de la voile. Cette activité que tout le monde regarde sous le seul angle sportif et amusant, moi je la vois sous tout un autre angle, le fameux angle financier. En pensant au coût du matériel exigé par ce sport, un seul mot me vient à l’esprit : tout laisser tomber !

J’ai toujours détesté la politique de l’autruche, j’ai toujours traité ceux qui l’adoptaient de lâches, de personnes non clairvoyantes. Aujourd’hui, n’osant parler à personne de mon problème, et ne voyant pas l’intérêt d’en parler étant donné que le seul résultat serait d’afficher mon problème en public et de recevoir des regards de pitié, chose que je hais fort, je n’ai pas d’autre choix que de me désengager en douceur !

Gagné par la frustration et la déception, mes difficultés me pèsent de plus en plus psychologiquement. J’ai du mal à me l’avouer, mais cette année était plutôt un échec.

Un échec non dans la mesure où j’ai été victime de problèmes financiers, mais plutôt parce que, malgré tout, je sens que j’ai tout de même cédé place au facteur psychologique pour me détruire. L’ampleur psychologique que mon dégoût a prise a été un terrain fertile pour mon désengagement de ma formation.

Aujourd’hui, en repensant à cette mauvaise expérience, je ne me sens pas tout à fait victime de mes problèmes, mais aussi responsable. Responsable dans la mesure où j’aurai pu en faire part à mes sprofesseurs, responsable dans la mesure où j’aurai pu repousser le poids psychologique et ne pas le laisser me gagner et se rajouter aux problèmes financiers et enfin, responsable parce que je connais bien de personnes qui, malgré leurs difficultés, ont pu, grâce à leur esprit combatif positif et leur grande clairvoyance, sortir de l’impasse et voir le bout du tunnel.

La première leçon de positivisme que j’ai tirée de mon expérience est d’arrêter de percevoir cette dernière comme une mésaventure, et, de la regarder plutôt comme une leçon qui me servira pour le restant de ma formation. Aujourd’hui, je suis résolu à me focaliser sur le présent et le futur, à tenter de chercher la solution adéquate pour chaque problème rencontré, à communiquer sur mes difficultés avec mes professeurs et amis, car, en se contentant de se renfermer sur soi-même et en s’emprisonnant dans les « que dira-t-on », les choses ne font qu’empirer. Avoir une seconde chance est mon grand souhait et l’ingrédient principal pour mettre en valeur les leçons tirées de mon expérience.