C'est drôle mais au moment où j'ai ouvert ma session au blog pour envoyer ce post sur le Jihad, j'ai réalisé qu'on est le 16 mai, date à laquelle ont eu lieu au Maroc des attentats qui ont fait des victimes innocentes, que Dieu ait leur âme! Dans ce qui suit, je vous donnerai un résumé du contenu de ce post (point I), puis je l'aborderai comme tel en deux points: II. la définition du Jihad en islam et III. les conditions dans lesquelles le Jihad (lutte ou résistance des musulmans sur un champs de bataille) est autorisé.

I. À retenir

II. Que veut dire le Jihad?

III. Quelles sont les conditions qui autorisent le Jihad en islam?

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I. À retenir

Le jihad:

= lutte pour empêcher la propagation du mal. Pas forcément une guerre mais peut-être une lutte contre ses propres désirs engendrant les pêchés. Quand il désigne la guerre il est restreint à la légitime défense.

Ses conditions:

Concernent seulement les gens appartenant à l'espace de guerre, et non ceux appartenant à l'espace de paix ou de contrat (tout pays où les musulmans ne sont pas réprimés à cause de leur appartenance, et tout pays ayant un contrat stipulant la paix entre les pays musulmans et les pays non musulmans).

Éviter les gens ne participant pas à la guerre (civils), femmes et enfants, handicapés etc.

Être une défense légitime suite à des répressions subies par les musulmans à cause de leur appartenance religieuse.

Tout autre "jihad" ne respectant pas ces conditions n'est pas autorisé par le Coran et est le simple fruit d'imagination d'humains, et donc ne DOIT AUCUNEMENT ÊTRE ATTRIBUÉ À L'ISLAM.

Aucun verset dans le Coran n'incite au combat gratuit, à l'attaque de non-musulmans juste parce qu'ils ne sont pas musulmans. Les versets incitant au Jihad sont spécifiques à des contextes particuliers (voir ci-bas).

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II. Définition du Jihad:

Le mot « Jihâd » ne signifie pas « guerre sainte ». Il désigne la lutte et l’effort. Les mots utilisés pour la guerre dans le Coran sont « Harb » et « Qitâl ». Le Jihâd quant à lui désigne la lutte sérieuse et sincère aussi bien au niveau individuel qu’au niveau social. C’est la lutte pour accomplir le bien et éradiquer l’injustice, l’oppression et le mal dans son ensemble de la société. Cette lutte doit être aussi bien spirituelle que sociale, économique et politique. Le Jihâd consiste à œuvrer de son mieux pour accomplir le bien. Dans le Coran, ce mot est employé sous ses différentes formes à 33 reprises. Il est souvent associé à d’autres concepts coraniques tels que la foi, le repentir, les actions droites et l’émigration (Hégire).

Le Jihâd consiste à protéger la foi de l’individu et ses droits. Le Jihâd n’est pas toujours une guerre bien qu’il puisse parfois prendre cette forme. L’Islam est la religion de la paix mais cela ne signifie pas qu’il accepte l’oppression.

Ainsi, le Jihad peut désigner la résistance qu'un musulman effectue envers lui même afin d'éviter de tomber dans un pêché (jihad an nnafss), comme il peut désigner une légitime défense adoptée par les musulmans quand ils subissent la répression à cause de leur appartenance religieuse etc.

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III. Conditions du Jihad

Tout d'abord il faut savoir que l'islam fait la différence entre les "peuples" (aujourd'hui on dit "Etats") qui sont en guerre et ceux qui sont en paix avec lui : les premiers seulement relèvent de la Dâr al-harb (espace de la guerre), les autres de la Dâr al-'ahd (espace du traité). Nous verrons plus bas quelles sont les circonstances dans lesquelles la Dâr al-islam peut considérer un Etat comme relevant de la Dâr al-harb et constituant donc un Etat ennemi ; ici il importe de préciser que même en ce qui concerne un Etat appartenant à la Dâr al-harb et étant donc ennemi, il ne s'agit nullement de mettre à mort tous ses citoyens – les "harbî", ressortissants de l'Etat ennemi – : tout au contraire, l'islam fait clairement la différence, chez les harbî, entre ceux qui sont combattants et ceux qui ne le sont pas (aujourd'hui on les appelle "les civils").

Pour ce qui est des gens présents sur le champ de bataille, il faut savoir qu'en Arabie, à l'époque du Prophète, venaient assister aux combats non pas seulement les combattants mais aussi, parmi tous les ressortissants de l'Etat ennemi (les harbî), des femmes, des personnes employées par certains riches combattants pour les servir pendant la campagne ('assîf), des marchands (aswâq) s'étant joints à l'armée pour vendre leurs produits, etc. Tout ce monde était présent sur le champ de bataille. Le Prophète a alors spécifié que les femmes et les enfants ne devaient pas être tués, car n'étant pas des combattants (rapporté par Al-Bukhârî, n° 2851, Muslim, n° 1744) ; il a dit de même : "Dis à Khâlid qu'il ne tue aucune femme ni aucun employé" (rapporté Abû Dâoûd, n° 2669). De nombreux savants ont, par analogie, élargi cette interdiction aux autres personnes habitant dans la Dâr al-harb mais n'étant pas combattantes : les moines, les handicapés, les vieillards, les paysans, l'analogie renforçant les Hadîths parlant explicitement de ces personnes mais à la chaîne de transmission non authentique (cf. Bidâyat ul-mujtahid, tome 1 pp. 713-716, Al-'Alâqât ad-duwaliyya fil-islâm, Az-Zuhaylî, pp. 66-67).

Maintenant nous allons voir dans quelles circonstances les autorités de la Dâr al-islâm peuvent considérer un Etat comme étant ennemi.



En fait il faut savoir que dans le Coran il y a deux types de versets qui sont liés à la question que vous posez :



Premièrement) Deux types de versets présents à ce sujet :



A) Les versets qui exhortent à la paix :


"Et s'ils inclinent vers la paix, incline toi aussi vers elle, et remets-toi à Dieu…" (Coran 8/61) ; "… jusqu'à ce que la guerre dépose ses fardeaux" (Coran 47/4).



B) Les versets qui parlent de cas de belligérance :


B1) La légitime défense :

"Permission (de se défendre) a été donnée à ceux qui sont combattus, parle fait qu'ils ont subi des injustices – et Dieu est capable de les aider –, ceux qui ont été expulsés de chez eux sans raison si ce n'est qu'ils ont dit "Notre Seigneur est Dieu" (Coran 22/39-40). "Et combattez dans le chemin de Dieu ceux qui vous combattent. Et n'agressez pas, Dieu n'aime pas ceux qui agressent" (Coran 2/190).


Deux cas de figure existent quant à cette légitime défense :


B1a) le fait, pour les musulmans vivant dans une terre musulmane, de subir une invasion de leur terre ;


B1b) le fait, pour les musulmans vivant dans une terre, de devoir s'en exiler à cause de l'oppression y régnant.


B2) La riposte suite à ce qui constitue une déclaration de guerre de la part d'un Etat :


Il s'agit par exemple du fait que l'Etat d'en face rompt unilatéralement le traité de paix qu'il avait conclu avec l'Etat musulman (ce fut le cas des Quraysh en l'an 8 de l'hégire), ou qu'il soit établi qu'il prépare une attaque contre l'Etat musulman (ce fut le cas des Banu-l-mustaliq en l'an 5 de l'hégire), ou autres cas reconnus comme constituant une authentique déclaration de guerre… "Ne combattrez-vous pas un peuple qui a rompu son pacte ?" (Coran 9/13). "Et si tu crains vraiment une traîtrise de la part d'un peuple, alors résilie (le traité) de façon équitable. Dieu n'aime pas les traîtres" (Coran 8/58).


B3) Le droit d'ingérence par rapport à un Etat pratiquant des massacres ou des persécutions sur une partie de sa population :

"Et qu'avez-vous à ne pas combattre dans la voie de Dieu et pour (aider) ceux qui sont considérés comme faibles – hommes, femmes et enfants –, qui disent "Seigneur, fais-nous pouvoir quitter cette cité dont les gens sont injustes" (Coran 4/75). "Et s'ils vous demandent l'aide pour la cause de la religion, vous devez la leur apporter, sauf si c'est contre un peuple avec qui vous êtes liés par un pacte" (Coran 8/72).


B4) Le cas cité dans les versets coraniques 9/29 et 2/191 :

La cause autorisant le combat contre un pays est que ce pays agresse les musulmans. Selon les savants, le terme "fitna" employé dans le verset 2/191 signifie "persécution" (voir Ahkâm ul-qur'ân, tome 2 p. 400), et c'est l'interprétation qu'Ibn Omar en a donnée (rapporté par Al-Bukhârî, n° 4373) ; le passage coranique "jusqu'à ce que le dîn soit à Dieu" signifie quant à lui : "jusqu'à ce que soit établi, pour toute personne qui le désire, le droit de professer et de pratiquer librement la religion agréée par Dieu" (Al-ussus ash-shar'iyya, p. 72). Quant au verset 9/29, il ne peut pas être pris de façon inconditionnelle (mutlaq, zâhir), mais est au contraire compris à la lumière du principe général : (yuhmal ul-mutlaqu 'ala-muqayyad) (Athâr ul-harb fil-fiqh il-islâmî, Wahba az-Zuhaylî, p. 118) : il s'agit donc de ceux qui sont agresseurs vis-à-vis des musulmans. La preuve en est que ce verset 9/29 a été révélé au Prophète avant Tabûk (rajab de l'an 9 de l'hégire) et que le Prophète l'a mis en pratique justement par le biais de cette campagne de Tabûk ; or la campagne a eu lieu parce que les Arabes de Ghassan chrétiens alliés des Byzantins, projetaient de venir combattre les musulmans (voir à ce sujet la parole de Omar rapportée par Al-Bukhârî, n° 5505, n° 4629 etc., Muslim, etc., voir aussi Zâd ul-ma'âd tome 3 pp. 527-528) (Al-ussus ash-shar'iyya lil-'alâqât bayn al-muslimîn wa ghayr il-muslimîn, pp. 50-51). Cette cause B4 est donc présente quand il y a une agressivité ouverte vis-à-vis de la Dâr al-islâm, avec forte probabilité d'une invasion, comme ce fut le cas des Ghassanides qui menaçaient d'envahir Médine : le Prophète prit alors l'initiative (iqdâm) d'une guerre préventive vis-à-vis d'un Etat qui faisait déjà preuve d'agressivité et dont on craignait qu'il envahisse la Dâr al-islâm (ce qui est différent de la cause B2, où il y a des faits qui constituent clairement une déclaration de guerre). La cause B4 consiste aussi en l'existence d'une agression de la part de la Dâr al-kufr contre les musulmans qui y vivent ; cependant, précise Faysal al-Mawlawî, si l'agression (i'tidâ') est parfois physique contre les musulmans, d'autres fois elle se constitue du fait qu'est refusée à la population la liberté de se convertir à l'islam et d'en pratiquer les principes essentiels (Al-ussus ash-shar'iyya, pp. 71-72). Faysal al-Mawlawî écrit que si un pays offre la liberté de croyance et de pratique par rapport à l'islam, alors l'objectif visé par cette cause légitimant le recours à la belligérance étant déjà obtenu, la belligérance n'a pas de raison d'être pour cette cause-là (Ibid., p. 84).


Ces deux cas de figure constitueraient donc la cause B4 : il s'agit d'aller de l'avant (iqdâm) :
B4a) soit pour mettre fin à une oppression des peuples quant à la liberté de culte,
B4b) soit en guise de prévention face à une agressivité établie et constatée
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Sources:

Docteur Muzammil Siddîqî (http://www.islamophile.org/spip/article464.html)

http://www.maison-islam.com